Rédigé Noémie Bonnin
Journaliste France Info
Longtemps perçue comme une voie par défaut, la filière professionnelle attire pourtant de plus en plus de jeunes dans certaines spécialités industrielles. À Cherbourg, la chaudronnerie séduit élèves et entreprises, portées par des besoins de recrutement importants, notamment dans l’industrie navale.
194 000 candidats au bac professionnel poursuivent leurs épreuves écrites, ce vendredi… Après le français et l’histoire-géographie, place aux arts appliqués, cultures artistiques, économie-droit et d’économie-gestion.
Alors qu’entre un tiers et un quart des élèves de terminale sont en voie professionnelle, le secteur souffre pourtant d’une mauvaise image : des classes remplies d’élèves en difficulté et qui se retrouveraient là par défaut. Pourtant, plusieurs filières sont très demandées par les élèves et très convoitées par les entreprises. Parmi elles, la chaudronnerie. Assez peu connue du grand public, cette spécialité est pourtant essentielle à de très nombreuses industries : navale, nucléaire, ou encore cosmétique.
Une filière portée par l’industrie locale
À Cherbourg, au lycée professionnel Edmond Doucet, une dizaine de jeunes en terminale spécialité chaudronnerie s’entraînent sur le plateau technique. Ils découpent des plaques de métal, affûtent et soudent. Lucas, 17 ans, est apprenti, il passe la moitié de son temps au lycée, l’autre en entreprise chez Naval Group, l’une des deux plus grosses entreprises de la ville. « Cela fait deux ans que j’y suis et ça se passe très bien », raconte-t-il.
Un rayonnement local qui contribue à attirer les jeunes qui arborent fièrement les vêtements aux couleurs des entreprises dans lesquelles ils sont passés. Mais ce qui compte aussi beaucoup pour ces élèves, c’est l’assurance de trouver rapidement un emploi. Penchée sur sa pièce métallique, Nina, cheveux longs et manucure colorée, ne vient pas d’une famille qui travaille déjà dans le secteur. Elle a choisi cette voie pour une raison simple : la certitude d’obtenir un emploi. « J’ai demandé à mes professeurs de collège s’ils connaissaient des métiers qui débouchaient sur un emploi stable et on m’a dit la chaudronnerie. Mon choix est parti là-dedans, car je savais que j’allais avoir du boulot pour des années. »
Et pour cause, de nombreuses industries ont besoin de chaudronniers : ils et elles construisent des cuves, des tuyaux, des réservoirs pour l’agroalimentaire ou la cosmétique. Ils donnent forme à des tôles, des feuilles de métal, et contribuent également à la fabrication de chars, de sous-marins, de bateaux, ou de centrales nucléaires.
Ce succès ne devrait pas retomber de sitôt. Les représentants de la filière affirment manquer d’environ 5 000 chaudronniers en France. Avec les besoins liés au nucléaire et les projets de nouvelles centrales, il faudrait encore 10 000 salariés supplémentaires dotés de ces compétences.
Le succès de cette spécialité contribue aussi à redorer l’image de la voie professionnelle, encore souvent dévalorisée. Le bac professionnel souffre de stéréotypes bien ancrés : des jeunes en difficulté, orientés là, un peu par hasard, après une orientation par défaut. En chaudronnerie, élèves, professeurs et entreprises le répètent : ce n’est pas une voie de garage. Ici, les jeunes sont là par choix et fiers de leur orientation.
